La pollution des intérêts à court terme
r.teisanu | 23 décembre 2009En plein débat sur l’identité nationale j’ai une tendance (assez provocatrice, j’avoue) d’opposer l’identité nationale à un principe humaniste de base : l’homme comme but en soi.
Je le sais bien : l’appartenance à une communauté et l’homme comme aspiration universelle ne sont pas deux notions contradictoires. On peut très bien être ethnocentrique ou tout simplement fier de ses origines et respecter l’Autre dans son altérité. Mais je crains l’ignorance et l’égoïsme d’une optique trop centrée sur les intérêts nationaux à court terme. Et pour cela, j’oppose souvent le roumain qui m’habite au citoyen du monde qui me voyage.
Je m’explique. Avant tout sentiment d’appartenance à une nation, l’air que nous respirons et les océans que nous exploitons font partie d’une équation beaucoup plus large que la géographie limitée de notre appartenance territoriale.
Autrement dit, la lutte contre le changement climatique ou l’appauvrissement de la biosphère des océans n’ont (presque) rien à voir avec une telle ou telle action isolée. L’enjeu est collectif par excellence et, dans ce cas, réduire les émissions dans un endroit et polluer deux fois plus ailleurs c’est plus qu’insoutenable : c’est un suicide programmé.
Les Etats commencent petit à petit à prendre au sérieux les scénarios catastrophistes de certaines études comme les rapports GIEC ou le rapport Stern. Mais, pour que les accords internationaux ne brisent pas les identités nationales, ces dernières devraient laisser la place bien méritée à une conscience partagée et vive d’appartenance à un seul brin de poussière : notre planète.
Sinon, les intérêts à court terme (polluer plus aujourd’hui pour produire plus demain) transformeront nos identités nationales en passagers clandestins d’un futur monde en dérive.
Radu Teisanu

